Personal artifacts - Hibernation

Mots griffonnés au crayon dans un petit carnet, dans ma tête, ou dans un brouillon gmail. Ils font office d'exutoire depuis un certain temps maintenant, de manière presque quotidienne.

Ne comportant aucune prétention, ils sont au contraire très imparfaits et reflètent tout l'inverse de ce que les réseaux demandent aux artistes d'aujourd'hui: montrer leur plus beau profil.

Autant que je m'en souvienne, toutes les fois où j'ai voulu "paraître" m'ont semblé inconfortables. J'apprends à être, à respecter mes imperfections, à les aimer même. Elles font de moi quelqu'un de vrai, qui a sa place dans ce monde.

artefacts personnels

Personal artifacts: Hivernation

Novembre

La dernière feuille brunie du platane vient de glisser en tourbillonnant sur la pelouse humide. Un soupir s’échappe de mon corps malgré moi, coupant à la fois ce silence et le bloc dans ma respiration.

L’hiver arrive et je l’appréhende une nouvelle fois comme une nuit noire pleine de marcheurs blancs et d’adversité.

Je promets que cette fois, je trouverai des subterfuges pour ne plus vivre l'hiver comme les autres années. Je me battrai pour ça, je sortirai, je verrai des amis, je ne m'arrêterai pas de chercher des solutions pour aimer l'hiver, malgré tout.

Je me suis gardé des bouquets de fleurs qui sèchent dans la cuisine, j'ai acheté des nouveaux draps en lin, et même des vêtements colorés, j'ai fait une séance de banc solaire et j'ai un stock de nouveaux blushs et de parfums aux notes printanières.

Histoire de tromper un peu mon esprit.

Décembre

La lumière me manque, comme à tous les autres belges sans doute.

Décembre 2024 a enregistré 11 misérables heures d’ensoleillement.

Je fais le compte sur trente et un jours, ça fait seulement 11 heures sur 744.

Je n’ai aucune envie de célébrer ces fêtes de fin d’année qui génèrent chez moi un stress supplémentaire, celui de réprimer mon anxiété devant tous ces gens pour être sure de ne déranger personne.

Je porte mon teint de femme souriante alors qu’à l’intérieur je vis l’anniversaire funeste de la mort de mon père il y a 19 ans. J’avais cet âge là, 19 ans, et je prends conscience que dorénavant j’aurais vécu plus de temps sans lui, qu’avec lui.

Je ronge mes ongles et mon estomac en attendant les dernières heures de l’année, dans la pluie de décembre. Si seulement je pouvais me réveiller au printemps.

Personal artifacts: Hivernation

Je me fonds alors dans leurs bras et dans des préparations de pâtisseries. Je m'efforce à prendre quelques photos même si l'envie n'est pas là.

Personal artifacts: Hivernation
Paris Brest
Personal artifacts: Hivernation
Personal artifacts: Hivernation

au creux des feuilles mortes

Janvier, matin d'un nouveau jour

L’animal se tapit dans un nid de feuilles et, dans un état léthargique, coupe la plupart de ses sens et ses réponses au danger jusqu’au printemps.

J’aimerais pouvoir faire la même chose que lui.

Accumuler les heures de sommeil et l’énergie dans mon corps.

Alors je commence par me forcer à plonger dans mon lit avant neuf heures plusieurs fois par semaine. Je me réveille en position fœtale, plus en forme que d’habitude.

Ça devient une forme d’addiction, je trouve de plus en plus réconfortant de laisser les choses à faire pour plus tard, et de donner la priorité à ce corps qui a besoin de se reposer et qu'on prenne soin de lui.

Un mélange de culpabilité, de honte, de manque de courage se mêle à ce confort grandissant, de dormir pendant treize ou quatorze heures d'affilée.

Mais je finis par faire taire ces voix et écouter mes besoins. Je me calque aux heures du Soleil pour faire des réserves pour plus tard.

C'est transitoire. Au Printemps, ce sera terminé.

Personal artifacts: Hivernation
Personal artifacts: Hivernation

Surrender and let it flow

ARTEFACTS PERSONNELS

Février - collection de petits moments ensoleillés

Je continue à me nourrir de longues nuits, de siestes et de soleil. Et j'invite les enfants à ressentir l'envie d'écouter leurs besoins à leur tour. Je vis au ralenti et je retrouve l'énergie et l'envie de refaire des choses et de reprendre l'appareil pour documenter notre quotidien.

La piscine communale tous les dimanches, les marches dans la nature. Je sors de chez moi sans téléphone, je marche dix mille pas par jour. Mon anxiété me laisse respirer. Je sens s'écouler peu à peu le cycle des cauchemars et quelques jolis rêves pointent même le bout de leur nez, au moment où j'ouvre les vannes et je laisse le flot de la vie être, sans vouloir le contrôler à tout prix.

Je me permets de ressentir tout ce qui vient, même le négatif, sans vouloir m'en débarrasser et, curieusement, il me fiche la paix.

hibernation
Hibernation

baignade d'essence

Mars, retour du bien-aimé

L’année dernière j’ai écrit une lettre au Printemps. Je lui ai dit qu’il m’avait manqué et que je l’avais attendu comme on attend un amant.

Il n’est pas encore tout à fait là, et pourtant… j’ai l’impression de sentir ses vibrations au coin de la rue.

Les oiseaux sont revenus, la nature naît à nouveau, les journées s’étendent sereinement.

À la maison, les semis et les puzzles à mille pièces se partagent l’espace du vieil établi de menuiserie. Les enfants prennent part aux travaux d’extérieur, aux préparations du souper et aux extraordinaires histoires des legos dans le bac à sable.

Les playlists musicales évoluent en semblant suivre le cours des saisons.

Je suis heureuse de retrouver ces moments de paix printanière et je dis tout doucement au revoir à mes longues nuits d’hiver qui m’ont permis de me retrouver, avec un pincement au cœur tout de même, de ne plus avoir cette excuse.

Et puis je me dis que rien ne sert d’être triste, je sais maintenant que j’attendrai l’hiver prochain sans plus l’appréhender mais plutôt avec une confiance absolue qu’il m’apportera les plaisirs qui lui appartiennent, juste à lui.

J’ai amorcé la fin de l’été dans l’appréhension et le combat.

J’ai voulu fuir et me débattre, j’ai même envisagé de m’envoler à l’autre bout du monde pour m’épargner ces jours sombres.

Et pourtant, à la fin de cette période je me retourne en constatant que je l’ai appréciée en m’abandonnant à elle.

J’ai profité d’elle pour me blottir dans des draps chauds et contre moi-même.

J’ai laissé sans réponse des messages et des vocaux whatsapp. J’ai laissé s’en aller certaines amitiés, j’en ai consolidé d’autres même dans mes silences.

Je me suis un peu coupée du monde mais je me suis rapprochée de moi-même. Et cela n’aurait pas été possible si je m’étais éclipsée début octobre pour un été sans fin.

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